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Sommaire du guide

Chapitre 6

Vos symptômes, un par un : pourquoi ils ne sont pas dangereux

Une silhouette assise, sereine, des ondes douces au niveau du cœur

C’est l’un des chapitres les plus importants du guide. Gardez-le sous la main, relisez-le, revenez-y à chaque fois qu’une sensation vous inquiète. Vous en avez d’ailleurs une version résumée dans la fiche de réassurance, à garder sur votre téléphone.

Un rappel avant tout, toujours le même, parce qu’il est la fondation de tout le reste. Tout ce qui suit suppose que vous avez vu un médecin et qu’il a écarté une cause physique. Ces explications valent pour l’anxiété, une fois ce point réglé. Si un jour vous ressentez un malaise vraiment différent de vos crises habituelles, ou si vous avez le moindre doute, retournez consulter. La règle ne change pas, et elle ne changera jamais.

Cela posé, voyons ce qui se passe, sensation par sensation. Le fil rouge est toujours le même, vous le connaissez maintenant. Votre corps exécute son programme de survie, la préparation à fuir le tigre. Chaque symptôme est un morceau de ce programme. Il a un but, une logique, et une fin.

Le cœur qui s’emballe, les palpitations. Le symptôme roi, celui qui fait le plus peur. D’abord, une précision qui compte. Sous l’adrénaline, votre cœur bat plus vite, et un peu plus fort aussi, c’est son travail. Mais l’impression de tambour qui résonne dans toute la poitrine, elle, vient surtout de l’attention que vous lui portez. Un cœur qu’on scrute paraît toujours bien plus bruyant qu’il ne l’est. Pourquoi accélère-t-il ? Comme le moteur d’une voiture qui doit rouler plus vite, il tourne plus rapidement pour envoyer plus de sang et d’oxygène dans vos muscles. Pour lui, vous êtes en danger, il vous prépare à courir, il vous nourrit de force. C’est tout. Rappelez-vous aussi qu’un cœur en bonne santé est fait pour battre vite. Pendant un footing, il monte bien plus haut que pendant une crise, des heures durant, et personne ne s’en inquiète. Votre cœur a été vérifié. Il est solide, et il fait son travail.

Les battements irréguliers, le cœur qui “saute”. Une variante qui affole beaucoup de gens, l’impression d’un battement manqué, ou d’un battement en trop, comme un hoquet du cœur. Ces petites irrégularités, les extrasystoles, sont extrêmement banales. La plupart des gens en ont sans jamais les sentir. Vous, vous les sentez, parce que vous écoutez. Un cœur surveillé au microscope révèle tous ses petits bruits de fonctionnement, comme une maison silencieuse révèle tous ses craquements la nuit. C’est l’attention qui a changé, pas le cœur. Elles ont été entendues par votre médecin, votre bilan est normal. Ce sont des bruits de moteur, pas des ratés.

L’impression d’étouffer, le souffle court. C’est sans doute le plus contre-intuitif de tous. Vous avez l’impression de manquer d’air, alors qu’en réalité vous en prenez trop. Votre respiration s’est accélérée pour faire le plein d’oxygène, le carburant de la fuite. Mais comme vous ne courez nulle part, ce carburant n’est pas brûlé, et l’équilibre entre l’oxygène et le gaz carbonique de votre corps se dérègle momentanément. C’est ce qu’on appelle l’hyperventilation, et c’est elle qui fabrique la gêne respiratoire, une partie des vertiges, et les picotements. Le piège est vicieux. Plus vous essayez de respirer fort pour “avoir de l’air”, plus vous aggravez le déséquilibre, plus la sensation empire. Retenez donc bien que cette sensation d’étouffement est la preuve que vous respirez trop, pas trop peu. Vos poumons fonctionnent parfaitement, ils font même du zèle.

La boule dans la gorge, le mal à avaler. Beaucoup de gens décrivent une gorge serrée, une boule qui ne passe pas, une déglutition difficile, parfois la peur de s’étrangler en mangeant. C’est de la tension musculaire. Sous l’alerte, les muscles du cou et de la gorge se contractent, et la salivation diminue, ce qui donne cette impression de passage rétréci. Faites le test en pleine sensation, vous continuez d’avaler, de parler, de respirer. La gorge ne se ferme pas. C’est un muscle contracté, pas un conduit bouché, et ça se relâche avec le reste.

Les picotements, les fourmillements, les mains froides et moites. Puisque le sang file en priorité vers les gros muscles, ceux qui serviraient à courir, il se retire des extrémités et de la peau. D’où les picotements dans les doigts, les lèvres, parfois le visage, les mains froides et moites, le teint pâle. La nature a même une raison supplémentaire de retirer le sang de la surface. Une peau moins irriguée saigne moins en cas de blessure. Votre corps prépare le combat jusque dans ces détails. Inconfortable, totalement inoffensif, et ça repart avec l’adrénaline. L’hyperventilation, vue plus haut, en rajoute une couche, respirer trop vite accentue les fourmillements. Deux causes, zéro danger.

Les tremblements. C’est de l’adrénaline et de l’énergie que votre corps a fabriquées pour courir, mais que vous n’utilisez pas, puisque vous ne fuyez rien. C’est comme appuyer à fond sur l’accélérateur en gardant le frein à main. Toute cette puissance sans sortie, ça vibre. Ça tremble, voilà tout. Certains ressentent aussi des frissons ou des vagues de chaleur en alternance, c’est le thermostat qui s’ajuste pendant l’effort qui ne vient pas.

La transpiration et la bouche sèche. Un moteur qui tourne à plein régime chauffe. Votre corps aussi, alors il transpire d’avance pour se refroidir, comme il le ferait pendant la fuite. Et pendant ce temps, la salive, qui appartient à la digestion, est mise en pause. Bouche sèche, impression désagréable d’avaler du carton. Un verre d’eau fait plaisir, mais même sans lui, il ne se passerait rien de grave.

La vue trouble, les points lumineux, la gêne à la lumière. Vos pupilles se sont dilatées pour capter plus de lumière et mieux repérer le danger, comme celles de Charles scrutant les fourrés. L’effet de bord, c’est une sensibilité accrue à la lumière, une vision un peu floue au loin ou de très près, parfois des halos ou des flashs. Votre œil est momentanément réglé comme des jumelles de combat, très bon à trois mètres, le reste flou. Ça se recale quand l’adrénaline retombe.

Les vertiges, la tête qui tourne, l’impression de flotter. Plusieurs mécanismes se combinent. L’hyperventilation, encore elle, qui allège la tête. La tension des muscles du cou, qui brouille les capteurs d’équilibre. Et le cerveau qui reçoit trop d’informations contradictoires à la fois. Dehors tout est calme, dedans c’est la guerre, et il n’arrive plus à faire la mise au point. Tout cela crée un flottement, une instabilité, l’impression de marcher sur un bateau ou de perdre pied. C’est très désagréable, mais retenez que s’évanouir au cours d’une crise de panique est rare, et le chapitre suivant vous expliquera pourquoi c’est même physiologiquement contrarié. En cas de malaise réel ou de doute, la règle habituelle, on consulte.

Les jambes en coton. Le sang afflue massivement dans les grandes masses musculaires des jambes, prêtes à courir. Cette congestion donne paradoxalement une sensation de faiblesse, de jambes molles, vidées. C’est l’impression, pas la réalité. Vos jambes n’ont jamais été aussi alimentées qu’à cet instant. Si un vrai tigre surgissait, vous seriez surpris de votre détente.

L’estomac noué, la nausée, l’envie d’aller aux toilettes. En mode alerte, la digestion passe au second plan. Le sang la quitte pour aller aux muscles, l’estomac se met en pause. D’où cette gêne au ventre, cette nausée qu’on a vite fait de surinterpréter, et parfois ce besoin pressant d’évacuer, le corps préférant voyager léger avant l’effort. Peu glorieux, très ancien, jamais dangereux.

L’épuisement d’après. Ce n’est pas un symptôme de la crise, mais de l’après, et il inquiète beaucoup. Cette fatigue écrasante, ces tremblements résiduels, cette envie de dormir ou de pleurer une fois la vague passée. C’est normal, et c’est même bon signe. Votre corps vient de mobiliser l’énergie d’un sprint de survie, sans sprint pour la dépenser. Il récupère, comme après un match. Laissez-le faire, il sait.

L’impression d’irréalité. Celle-là est si particulière, et si effrayante, qu’elle mérite tout un chapitre. C’est le chapitre 8, et si ce symptôme est le vôtre, il pourrait bien être le chapitre le plus important du guide pour vous.

Le lave-linge

Voilà. Chacune de ces sensations a une cause concrète, rationnelle, et un rôle dans le programme de survie. Aucune n’est dangereuse en elle-même. Prises une par une, elles sont juste gênantes. C’est leur arrivée en bloc, toutes ensemble, sans explication, qui fait paniquer. Et c’est normal d’être effrayé quand on ne sait pas ce qui se passe.

Mais maintenant, vous savez. Et ça change tout. C’est un peu comme un lave-linge qui ferait un bruit inquiétant. Si vous croyez qu’il va casser et inonder la cuisine, vous paniquez, vous tournez autour, vous guettez chaque cliquetis. Si vous savez que c’est juste une pièce de monnaie oubliée dans une poche, vous laissez tourner la machine sans plus y penser. Le bruit est le même. Votre soirée, elle, est très différente.

Vos symptômes, c’est pareil. Le jour où j’ai vraiment compris ça, mes crises sont passées d’effrayantes à simplement désagréables. J’attendais que la machine finisse son cycle. Et c’est exactement le chemin que je veux vous faire faire.

Il reste cependant un étage à traiter, et pas le moindre. Parce que pendant une crise, il n’y a pas que des sensations, il y a des pensées. “Je fais une crise cardiaque.” “Je vais m’évanouir.” “Je deviens fou.” Ces pensées-là méritent mieux qu’un déni. Elles méritent d’être démontées une par une, calmement, preuves à l’appui. C’est l’objet du prochain chapitre.