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Chapitre 24

Alléger les béquilles, une par une

Souvenez-vous de l’agent secret du quotidien, chapitre 13 : la bouteille d’eau, le téléphone-doudou, la place près de la sortie, le pouls vérifié. Et souvenez-vous des deux mécanismes. Chaque béquille entretient le message du danger, et chaque béquille vous vole vos victoires, comme la plume de Dumbo. On va les rendre, ces plumes. Mais en douceur, avec méthode, et sans jamais rien arracher.

La méthode : une béquille, un cran

La règle tient en une phrase. Choisissez une seule béquille, et allégez-la d’un cran, sur un terrain facile.

Pas toutes les béquilles, une seule. Pas la supprimer, l’alléger. Pas dans la situation la plus dure, sur le terrain le plus simple. Des exemples concrets, à adapter à votre liste :

Sortir sans la bouteille d’eau, juste pour aller à la boulangerie. Le tour du quartier avec le téléphone au fond du sac plutôt qu’à la main. Vous asseoir au restaurant une table plus loin de la sortie qu’à votre habitude, pas au fond de la salle, juste une table plus loin. Laisser passer une envie de vérifier le pouls, une seule, en la regardant monter puis redescendre comme la vague qu’elle est. Faire les courses sans passage préventif aux toilettes. Regarder un film sans votre coussin de secours d’informations médicales à portée de main.

Puis observez ce qui se passe. Rien. Il ne se passe rien. Et cette fois, le mérite ne peut pas aller ailleurs. Pas à la bouteille, pas à la sortie, pas au téléphone, puisqu’ils n’étaient pas là. La situation était réellement sans danger, et c’est vous qui l’avez traversée. Voilà une preuve encaissée pour de bon, une vraie, au bon compte. Votre cerveau enregistre, la peur rend un territoire.

Quand cette béquille allégée est devenue banale, ce qui prend quelques jours ou quelques semaines, passez à la suivante, ou montez d’un cran. La boulangerie sans eau devient le supermarché sans eau. Toujours au rythme de ce qui est devenu facile, jamais au forceps.

Les deux règles qui ne se discutent pas

Première règle. À votre rythme, sans vous forcer, jamais. L’allègement forcé, sous pression, en serrant les dents, reproduit exactement le combat qu’on cherche à quitter. Si un cran est trop dur, prenez un demi-cran. La reconquête n’est pas une course. Chaque plume rendue est définitive, c’est ça qui compte.

Seconde règle, absolue. On n’allège jamais quelque chose dont on a réellement besoin sur le plan médical. Un traitement prescrit, de quoi gérer un vrai problème de santé, un suivi médical, ce ne sont pas des béquilles de peur, c’est du soin, et ça ne se discute qu’avec un médecin. On allège les précautions que la peur a inventées, pas celles que la santé impose. Dans le doute sur la nature d’un objet, une question simple : est-ce que ça protège mon corps, ou est-ce que ça rassure ma peur ? Le comprimé prescrit protège le corps. La dixième vérification du pouls rassure la peur, mal, et pas longtemps.

Un jour, vous ferez le test ultime sans même l’avoir décidé. Vous partirez marcher une heure, et vous vous apercevrez en rentrant que vous n’aviez ni eau, ni plan B, ni pensé à en avoir. Les poches vides et la tête ailleurs, c’est exactement ça, la liberté. Elle se gagne plume par plume, et vous venez de commencer.

Une fois les béquilles en cours d’allègement, on peut s’attaquer au gros morceau, les lieux et les situations que vous évitez. C’est la reconquête proprement dite, et elle a sa méthode, l’échelle.