Sommaire du guide
- Préface
- 1. Vous n'êtes pas en train de devenir fou, et vous n'allez pas mourir
- 2. La peur, cette vieille alliée qui vous veut du bien
- 3. Le tonneau : d'où viennent vraiment vos crises
- 4. La fausse alerte : pourquoi votre corps s'emballe
- 5. Des nerfs à vif : la sensibilisation
- 6. Vos symptômes, un par un : pourquoi ils ne sont pas dangereux
- 7. Les pensées de crise, démontées une par une
- 8. Cette étrange sensation d'irréalité
- 9. Vous faire aider, et la question des médicaments
- 10. La peur de la peur : le vrai moteur du problème
- 11. L'anticipation : la crise avant la crise
- 12. L'évitement : le piège qui rétrécit votre vie
- 13. Les comportements de sécurité : l'agent secret du quotidien
- 14. La réassurance sans fin : Google, le pouls et la question qui tue
- 15. Pourquoi tout ce que vous avez essayé a échoué
- 16. La vague : comprendre pour ne plus lutter
- 17. Le réflexe SOS, vue d'ensemble
- 18. Premier temps : Stopper le combat
- 19. Deuxième temps : Observer et accueillir
- 20. Troisième temps : Se laisser porter
- 21. S'entraîner à froid, pour que le réflexe soit là le jour J
- 22. Le réflexe SOS sur le terrain, scène par scène
- 23. Cesser de fuir, concrètement
- 24. Alléger les béquilles, une par une
- 25. Reprendre les lieux et les situations, barreau par barreau
- 26. La patience : le temps, la fatigue et les faux plateaux
- 27. Le terrain : café, alcool, sommeil, et un corps qui bouge
- 28. Les rechutes sont normales : votre plan pour les jours gris
- 29. Et après : vivre sans la peur de la peur
- Les textes des audios SOS
Chapitre 25
Reprendre les lieux et les situations, barreau par barreau
Là, on va rouvrir, doucement, toutes les portes que la peur a fermées. Les transports, les magasins, les files d’attente, le cinéma, les trajets, les distances. Mais pas n’importe comment, avec une échelle.
Construire votre échelle
Reprenez la carte que vous avez dressée au chapitre 12, la liste de tout ce que vous évitez. On va la transformer en plan de reconquête.
Classez ces situations de la plus facile à la plus difficile, à votre jugé. Une note de 0 à 10 de difficulté fait très bien l’affaire. Vous obtenez une échelle, la vôtre, unique. Personne n’a la même. En bas, les barreaux à 2 ou 3 sur 10 : la boulangerie du quartier, le tour du pâté de maisons, cinq minutes dans le petit supermarché à l’heure creuse. En haut, les 9 et 10 : le concert bondé, le vol long-courrier, le RER un vendredi soir. Entre les deux, tout le reste.
Le principe, vous l’avez deviné. On ne saute pas en haut de l’échelle. On monte un barreau à la fois, en commençant tout en bas, et on ne monte au barreau suivant que quand le barreau actuel est devenu, sinon agréable, du moins banal.
Commencer tout petit, vraiment
J’insiste sur le point de départ, parce que c’est là que tout le monde se trompe, dans les deux sens. Trop haut, et c’est le découragement assuré ; refuser de commencer “parce que c’est ridicule de commencer si bas”, et c’est ne jamais commencer.
Si le métro vous terrifie, le premier barreau n’est pas de traverser Paris aux heures de pointe. C’est peut-être simplement de descendre dans la station, regarder passer une rame, et remonter. Ou de faire un seul arrêt, à une heure creuse, la carte SOS dans la poche et l’audio dans les écouteurs. Si les supermarchés sont votre bête noire, le premier barreau, c’est peut-être y entrer, acheter une seule chose, et sortir. Cinq minutes. C’est tout, et c’est immense.
Parce que voici comment se déroule un barreau réussi. Vous y allez, l’angoisse d’anticipation est là, vous y allez quand même. Sur place, peut-être qu’une vague monte, peut-être pas. Si elle monte, vous savez faire. SOS, on reste, elle redescend. Et vous rentrez avec la seule chose qui compte, la preuve : j’y suis allé, j’y suis resté, et il ne s’est rien passé. Votre cerveau vient de rayer une ligne de sa liste de dangers. Pas parce qu’on le lui a dit, parce qu’il l’a vécu.
Les règles de l’ascension
Répétez avant de monter. Un barreau gravi une fois est une victoire ; un barreau gravi cinq fois est un acquis. Refaites le même trajet, le même magasin, jusqu’à ce que ce soit devenu presque ennuyeux. L’ennui, ici, est un très bon signe, il veut dire que la peur est en train de disparaître. Alors seulement, montez.
Accompagné d’abord si besoin, mais en visant seul. Se faire accompagner pour les premiers barreaux est parfaitement légitime, un coup de pouce pour démarrer. Mais attention au piège que vous connaissez maintenant. Si la présence de l’autre devient la condition de la sortie, vous avez créé une béquille humaine, et la preuve sera créditée à votre accompagnateur, pas à vous. La progression saine : accompagné, puis accompagné à distance, il vous attend dehors, puis prévenu, il sait où vous êtes, puis seul. C’est seul que la preuve vaut plein tarif.
Célébrez chaque pas, même minuscule. Ce n’est pas ridicule, c’est exactement comme ça qu’on reconstruit. Le premier arrêt de métro après deux ans d’évitement vaut tous les champagnes. Dites-le à quelqu’un qui comprend, notez-le dans votre carnet de suivi, offrez-vous quelque chose. Chaque barreau gravi dit à votre cerveau que le monde redevient praticable, et à vous que vous êtes en train d’y arriver.
Les mauvais jours font partie du programme. Certains jours, vous monterez un barreau. D’autres, vous referez celui d’en dessous, et certains jours, rien du tout. Fatigue, moral en berne, la vie. Tout cela est normal et prévu. Redescendre d’un barreau un jour de grande fatigue n’efface rien, les acquis sont des acquis. Ce qui compte, c’est la direction sur un mois, pas la performance du mardi. On en reparle au chapitre suivant, parce que c’est LE point où les gens se découragent à tort.
Et toujours la même règle, à votre rythme, sans forcer. Cette échelle n’a pas de délai. La gravir en trois mois ou en un an, c’est la gravir. Personne ne chronomètre, et sûrement pas moi.
Ce qui vous attend en haut
Je peux vous le dire, parce que j’y suis passé. Un jour, vous ferez machinalement une chose qui était tout en haut de votre échelle, et vous vous en rendrez compte après coup. Mon jour à moi, c’était la ligne 13 du métro parisien, un mardi parfaitement ordinaire. Je suis descendu à ma station, et sur l’escalator, j’ai réalisé que j’avais passé le trajet à penser à tout autre chose. Ce qui était tout en haut de mon échelle était devenu un simple trajet. Ce jour-là existe pour vous aussi, et chaque barreau vous en rapproche.