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Chapitre 26

La patience : le temps, la fatigue et les faux plateaux

Il faut maintenant que je vous parle du chemin lui-même. Pas des techniques, du temps que ça prend, et de la tête que ça a en vrai. Parce que si je ne le fais pas, vous risquez de vous décourager exactement au moment où tout fonctionne. C’est le chapitre que j’aurais le plus aimé lire à l’époque, et celui qui manque dans presque toutes les méthodes.

Le rétablissement n’est pas une ligne droite

Voici à quoi vous vous attendez, probablement : maintenant que j’ai compris et que j’ai la méthode, ça va aller de mieux en mieux, chaque semaine un peu plus, jusqu’à la tranquillité. Une belle pente régulière.

Voici à quoi ça ressemble en réalité. Trois bonnes journées, puis une mauvaise. Une semaine étonnamment calme, puis une crise surgie de nulle part, plus forte que les dernières. Des progrès nets sur le métro et, le même mois, une angoisse nouvelle dans un endroit qui n’avait jamais posé problème. Des paliers entiers où plus rien ne semble bouger, ni en mieux ni en pire.

C’est déroutant, et c’est normal. Le rétablissement de l’anxiété n’est pas une ligne, c’est une courbe en dents de scie qui monte. La tendance est ascendante, et les zigzags font partie du trajet. Souvenez-vous du chapitre 5. Votre système nerveux est sensibilisé, et la désensibilisation est un processus biologique, pas une décision. Un système qui a mis des mois ou des années à monter sa sensibilité met des semaines ou des mois à la redescendre, par vagues, avec des à-coups. Vous ne pouvez pas le presser, pas plus qu’on ne presse une cicatrisation. Vous pouvez seulement cesser de rouvrir la plaie, et c’est exactement ce que vous faites depuis le début de ce guide.

Ne mesurez pas au thermomètre du jour

Conséquence pratique, ne jugez jamais vos progrès sur une journée, ni même sur une semaine. Le bon thermomètre, c’est le mois, et les bonnes questions sont : est-ce que je fais des choses que je ne faisais plus il y a un mois ? Est-ce que les crises, quand elles viennent, durent moins longtemps ? Est-ce que je récupère plus vite après ? Est-ce que j’y pense moins entre-temps ?

Et méfiez-vous d’une illusion précise, que je vous annonce pour qu’elle ne vous piège pas. La mauvaise journée en pleine période de progrès semble toujours pire qu’avant. Elle ne l’est pas. C’est le contraste qui a changé. Quand tout allait mal, une crise était un mardi ordinaire ; maintenant qu’il y a des bonnes semaines, la même crise détonne. Le fait qu’elle vous choque est la preuve que le fond s’améliore.

La fatigue, cette fabrique à fausses rechutes

Un mot spécial sur la fatigue, parce qu’elle est responsable d’une énorme part des découragements injustifiés.

Un corps fatigué rejoue vos symptômes. Une nuit trop courte, une semaine de surmenage, une grippe qui traîne, et voilà la tête légère, le cœur plus bruyant, le voile d’irréalité, l’émotivité à fleur de peau. Tout le répertoire, sans qu’aucune peur nouvelle ne soit en cause. Le système sensibilisé est simplement plus bas sur ses défenses, comme tout le monde, mais chez vous, ça produit les mêmes sensations que les crises.

Le piège serait d’interpréter : ça recommence, j’ai tout perdu. La lecture juste est : je suis fatigué, et chez moi la fatigue prend cette forme-là. Dormez, levez le pied deux jours, et regardez les “symptômes” fondre avec le repos. Apprenez ce réflexe de lecture, il vous économisera des semaines de découragement. Chez un ancien anxieux, la fatigue imite l’anxiété. Ce n’est pas une rechute, c’est de la fatigue déguisée.

Le temps travaille pour vous

Je termine par la bonne nouvelle, la vraie. Dans cette affaire, le temps est votre allié, pas votre ennemi.

Chaque semaine où vous appliquez ce que vous savez, sans lutte, sans fuite, avec vos zigzags, votre seuil redescend un peu. Ça se fait tout seul, en coulisses, comme pousse un arbre. On ne voit rien à l’œil nu, et un jour on s’aperçoit qu’il fait de l’ombre. Vous n’avez pas à tirer sur la plante. Vous avez juste à continuer : les vagues traversées, les barreaux gravis, les plumes rendues, le soupir quotidien, le sommeil. Le reste, c’est de la biologie, et elle est de votre côté.

Un jour, vous réaliserez que vous n’avez pas pensé à vos crises depuis des jours. Puis des semaines. La bonne nouvelle des crises d’angoisse, c’est que moins on en fait, moins on y pense, et moins on y pense, moins on en fait. La spirale, enfin, dans le bon sens.