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Chapitre 22

Le réflexe SOS sur le terrain, scène par scène

Voici le chapitre le plus concret du guide. Sept situations réelles, celles qui reviennent dans toutes les histoires de panique, la vôtre probablement aussi. Pour chacune, je vous déroule la vague et le réflexe, pas à pas, comme si j’étais à côté de vous. Lisez-les toutes, même celles qui ne vous concernent pas, chaque scène éclaire les autres.

Dans le métro (ou le bus, ou le train)

La rame s’arrête entre deux stations. Annonce du conducteur, durée indéterminée. Vous sentez la décharge. Première peur, l’éclair, normale, automatique. Maintenant, tout se joue.

S : vous ne vous précipitez pas vers la porte, vous ne scannez pas le wagon. Épaules qui tombent, mâchoires qui se desserrent, vous restez exactement où vous êtes, et vous vous dites : je ne me bats plus contre ça. O : vous nommez. C’est l’arrêt qui a déclenché l’alarme, pas un danger. Ce wagon est le même qu’il y a deux minutes, quand tout allait bien. C’est de l’adrénaline. Le cœur peut battre, la chaleur peut monter. D’accord, vas-y, montez. S : vous laissez faire, et vous revenez au monde : les gens autour, la pub en face, le fil de vos pensées d’avant. Si vous avez vos écouteurs, l’audio SOS En public est fait exactement pour cet instant. La rame repartira, la vague sera déjà en train de redescendre, et vous aurez gagné un territoire.

Au volant

L’autoroute, pas de sortie avant vingt kilomètres, et la vague qui monte. C’est l’une des situations les plus effrayantes, alors clarifions d’abord le vrai du faux. Une crise de panique ne fait pas perdre le contrôle d’un véhicule. Vous restez capable de conduire, de freiner, de mettre un clignotant. Des millions de crises ont lieu au volant, sans que la panique elle-même cause l’accident. Ce qui serait risqué, c’est la fuite panique, accélérer comme un fou pour “en finir”, ou l’arrêt brutal n’importe où.

Donc S, mains posées sur le volant, sans les crisper, vitesse stable, on continue. O : c’est de l’adrénaline, je sais conduire avec un cœur qui bat, la preuve, je suis en train de le faire. S : on laisse la vague occuper le siège passager, et on reste dans la tâche : la route, la distance, la trajectoire, qui sont d’excellents points d’ancrage dans le concret. Si le besoin de pause est réel, on le prend en conducteur, pas en fuyard. Prochaine aire, arrêt propre, deux minutes, et on repart. Repartir est important, c’est lui qui dit à votre cerveau que la voiture n’est pas un piège.

Dans la file d’attente

La caisse bloquée, la file qui ne bouge plus, les jambes en coton. Le piège spécifique ici, c’est l’option de fuite facile. Abandonner le panier et sortir, personne ne vous en empêche. Justement, c’est parce que fuir est facile que rester vaut si cher.

S : vous restez dans la file, et vous relâchez ce qui peut l’être. O : vous nommez la mécanique, c’est la file qui a réveillé le vigile, ce sont mes jambes pleines de sang prêtes à courir, pas des jambes qui lâchent, chapitre 6. S : vous laissez trembler ce qui tremble, et vous revenez au réel. Le contenu de votre panier, les magazines près de la caisse, la liste de ce qui reste à faire. Trente secondes de plus que ce que la peur voulait, c’est déjà une victoire. Et vous garderez le panier.

En réunion (ou à table, ou chez le coiffeur)

Les situations “assis, coincé, observé” : la réunion dont on ne sort pas sans que tout le monde le voie, le dîner au milieu de la tablée, le fauteuil du coiffeur ou du dentiste. La peur spécifique, c’est que ça se voie.

Alors rappelez-vous le fait établi au chapitre 7. Ça ne se voit pas. Tout se passe à l’intérieur, presque rien n’apparaît sur votre visage. S : vous restez assis, vous posez les mains, vous relâchez le ventre. O : personne ne voit rien, c’est une fausse alerte, elle va passer comme les autres. S : vous laissez la vague faire pendant que vous continuez d’être là. Hocher la tête, noter un mot, écouter la personne qui parle, même à moitié. Si on vous parle, répondez, même court. Parler ancre. La réunion se terminera, comme toujours, et vous serez celui qui l’a traversée, pas celui qui l’a fuie.

À trois heures du matin

Le réveil en panique, cœur lancé, dans le noir. La nuit amplifie tout : le silence, la solitude, l’esprit embrumé qui interprète encore plus mal. Sachez d’abord que ces crises nocturnes sont connues, documentées, banales. Elles surviennent souvent en début de nuit, pendant le sommeil profond, sans cauchemar déclencheur, et elles ne sont pas plus dangereuses que les autres. Vous vous réveillez en plein pic, voilà tout, la montée a eu lieu sans vous.

S : ne vous mettez pas au garde-à-vous dans le noir. Allumez une petite lumière si le noir pèse, asseyez-vous si c’est mieux, ou restez allongé, lourd, dans le matelas. O : c’est une crise nocturne, ça existe, c’est connu, je ne suis pas en danger dans mon lit. S : laissez le corps se calmer à son rythme, soufflez doucement, et surtout, n’exigez pas de vous rendormir, c’est le piège numéro un. Votre seule mission est de vous reposer, allongé, tranquille. Le sommeil revient de lui-même quand on arrête de le forcer. L’audio SOS Nuit est conçu pour vous accompagner exactement là, voix basse, dans le noir. Et pas de téléphone pour chercher des symptômes. La nuit, on ne cherche pas, on flotte.

En pleine rue, seul

La crise qui monte en marchant, loin de chez vous, sans personne. La pensée piège : il faut que je rentre, vite. Si vous rentrez en courant, vous savez ce que ça grave. Dehors est dangereux, la maison est le seul abri, et le périmètre rétrécit.

S : vous gardez votre pas. Exactement le même pas. O : c’est une vague, elle me suivra si je cours et elle passera si je marche, autant marcher. S : continuez votre trajet, en laissant la vague vous accompagner comme un chien perdu qui finira par se lasser. Si vous devez vraiment faire une pause, faites-la en promeneur. Un banc, deux minutes, en regardant la rue, pas recroquevillé sur votre pouls. Puis on repart, dans la direction d’origine. Arriver là où on allait, même en retard, même secoué, c’est ça, la victoire.

La montée d’angoisse diffuse, sans crise

Dernière scène, la plus fréquente de toutes. Pas de crise, juste la boule au ventre qui s’installe, l’angoisse qui monte doucement, à la maison, au bureau, un dimanche soir. C’est le terrain de l’audio SOS Montée d’angoisse, et du chapitre 11 : le “et si” qui tourne, la négociation qui commence, et si j’annulais, et si je me faisais porter malade.

S : on ne se bat pas contre la boule, on ne l’analyse pas non plus, on la laisse être là : tu peux rester, toi, pendant que je continue. O : d’accord, peut-être, on verra bien, et retour à la tâche en cours. S : et on n’annule rien. La boule au ventre accompagne, elle n’empêche pas. Elle se lassera bien avant vous.

Vous avez maintenant la méthode, l’entraînement, et le terrain. Il est temps de passer à la dernière partie, la reconquête. Parce que traverser les crises n’est que la moitié du chemin. L’autre moitié, c’est de reprendre, morceau par morceau, tout ce que la peur vous a pris, et de faire baisser la mer elle-même.