Sommaire du guide
- Préface
- 1. Vous n'êtes pas en train de devenir fou, et vous n'allez pas mourir
- 2. La peur, cette vieille alliée qui vous veut du bien
- 3. Le tonneau : d'où viennent vraiment vos crises
- 4. La fausse alerte : pourquoi votre corps s'emballe
- 5. Des nerfs à vif : la sensibilisation
- 6. Vos symptômes, un par un : pourquoi ils ne sont pas dangereux
- 7. Les pensées de crise, démontées une par une
- 8. Cette étrange sensation d'irréalité
- 9. Vous faire aider, et la question des médicaments
- 10. La peur de la peur : le vrai moteur du problème
- 11. L'anticipation : la crise avant la crise
- 12. L'évitement : le piège qui rétrécit votre vie
- 13. Les comportements de sécurité : l'agent secret du quotidien
- 14. La réassurance sans fin : Google, le pouls et la question qui tue
- 15. Pourquoi tout ce que vous avez essayé a échoué
- 16. La vague : comprendre pour ne plus lutter
- 17. Le réflexe SOS, vue d'ensemble
- 18. Premier temps : Stopper le combat
- 19. Deuxième temps : Observer et accueillir
- 20. Troisième temps : Se laisser porter
- 21. S'entraîner à froid, pour que le réflexe soit là le jour J
- 22. Le réflexe SOS sur le terrain, scène par scène
- 23. Cesser de fuir, concrètement
- 24. Alléger les béquilles, une par une
- 25. Reprendre les lieux et les situations, barreau par barreau
- 26. La patience : le temps, la fatigue et les faux plateaux
- 27. Le terrain : café, alcool, sommeil, et un corps qui bouge
- 28. Les rechutes sont normales : votre plan pour les jours gris
- 29. Et après : vivre sans la peur de la peur
- Les textes des audios SOS
Chapitre 1
Vous n'êtes pas en train de devenir fou, et vous n'allez pas mourir
C’était un midi, au restaurant. J’y déjeunais avec deux amis, dans un endroit que je connaissais bien, où j’avais mes habitudes. La conversation était joyeuse, le repas agréable. Rien, absolument rien, n’annonçait ce qui allait suivre.
Et puis mon cœur s’est mis à battre. Plus vite, plus fort. Comme ça, sans raison. Je bois un verre d’eau, j’essaie de faire bonne figure. Rien n’y fait. Des picotements me montent au visage. J’ai la bouche sèche, du mal à respirer, l’impression que je vais tomber dans les pommes. J’ai envie de vomir. Je bois un autre verre, puis un autre, et je me lève d’un coup pour aller aux toilettes.
Je m’assois et je regarde mes mains qui se mettent à trembler. Je me masse les paumes. J’ai soif, ma vue se trouble, j’ai comme des flashs, et mon cœur continue de battre la chamade. J’essaie de vomir, sans y arriver. Je me passe de l’eau froide sur le visage, et je retourne m’asseoir à table.
Je rebois un verre d’eau et je fixe un point devant moi. Je ne suis plus du tout dans la conversation, je n’écoute plus rien, je suis entièrement focalisé sur moi-même. Je me demande si je suis en train de faire une crise cardiaque, une rupture d’anévrisme, je ne sais quoi. Je me dis que je ne retournerai jamais jusqu’au travail, que je vais mourir là, au milieu de ce restaurant. Je ne sais même pas si je vais réussir à me relever.
Je ne dis rien. On me demande si ça va, je réponds “bof”. On me dit que je suis un peu pâle. Ça ne me rassure pas, vous vous en doutez. Une demi-heure plus tard, je demande à un collègue de m’accompagner chez le médecin. Je n’y serais pas allé seul. J’étais persuadé de ne pas pouvoir faire le trajet sans m’effondrer.
Salle d’attente. Quatre personnes avant moi. Je me dis que je ne tiendrai jamais, et en même temps, quelque chose me rassure, je suis dans un cabinet médical. Si je m’écroule, on saura quoi faire. Et plus j’attends, plus ça va mieux, et c’est presque vexant. Au bout d’une heure, mon collègue me laisse. De toute façon, je me sens déjà beaucoup mieux, je ne vais pas mentir. Quarante minutes plus tard, je suis surtout énervé d’attendre alors que mon cas est grave.
Quand vient mon tour, je raconte tout. Le médecin prend ma tension, m’écoute, m’examine. Le cœur est un peu rapide, rien d’affolant, le reste est normal. Normal ? J’ai failli y passer il y a deux heures, et on me dit que tout est normal.
Il fait bien son travail, d’ailleurs. Je ressors avec une ordonnance bien fournie, prise de sang, électrocardiogramme, le nécessaire pour vérifier qu’il n’y a rien de grave. Et c’est important, je le dis tout de suite, il faut le faire, ce bilan. Il faut écarter une vraie cause physique, sérieusement, avec un médecin. Me voilà presque rassuré, on va enfin trouver ce que j’ai.
Dix jours plus tard, je retourne le voir avec mes résultats. Ils sont normaux, à deux ou trois détails près, un peu de cholestérol, des broutilles. Et là, je me souviens très bien de ce que je me suis dit dans la salle d’attente. C’est donc plus compliqué que prévu. Je dois avoir quelque chose de rare, quelque chose que les analyses classiques ne voient pas.
Le médecin consulte le tout, me regarde, et me dit que je n’ai rien. Que c’est une crise d’angoisse. Que c’est le stress. Que c’est dans ma tête. Il me propose du magnésium et des plantes apaisantes.
Dans ma tête.
Je suis sorti de là partagé entre le soulagement et la colère. Soulagé de ne pas être malade. Mais en colère, parce que “c’est dans votre tête”, ça ne m’expliquait rien, ça ne m’aidait en rien, et ça me laissait seul avec ce truc qui venait de me terrasser. Je savais ce que j’avais ressenti. Ce n’était pas une idée, ce n’était pas un mauvais rêve. Mon corps, lui, y avait cru à fond. Et du magnésium contre ce que je venais de vivre, ça m’a paru ridicule.
Et puis ça a recommencé. Une fois, puis une autre. De plus en plus souvent. Je ne me souviens même plus de ma deuxième crise. Mais je n’ai rien oublié de toutes les autres.
Peut-être que vous avez vécu l’une de ces scènes, ou toutes.
Être devant l’école à attendre votre enfant, et espérer qu’il sorte le plus vite possible parce que vous sentez que vous n’allez pas tenir une minute de plus, debout, au milieu des autres parents qui bavardent tranquillement.
Être dans le métro, debout, entouré de gens, à guetter votre station. Et là, la rame s’arrête entre deux stations. Le conducteur annonce un arrêt “pour une durée indéterminée”. Et ce mot, indéterminée, suffit à tout déclencher. Vous ne pouvez pas sortir, vous ne pouvez pas vous asseoir, l’air se raréfie, votre cœur cogne, vous avez l’impression d’être ailleurs, c’est la fin. Autour de vous, les gens lisent, soupirent, regardent leur téléphone. Quelle chance ils ont. Les minutes durent des heures. Puis le métro repart, et vous revivez.
Faire la queue au supermarché, les jambes en coton, la vue qui se voile, plus qu’une personne devant vous, courage. Et là, problème de caisse. La caissière allume sa petite lumière clignotante. Vous hésitez sérieusement à abandonner le chariot et à sortir. Vous vous voyez déjà tomber, là, entre les chewing-gums et les piles. Finalement la caisse repart, et vous rentrez chez vous épuisé, comme si vous aviez couru un marathon.
Des scènes comme ça, j’en ai des centaines. Et je suis sûr que vous aussi.
Si vous lisez ces lignes, je crois que je n’ai pas besoin de vous décrire la suite. Vous la connaissez. Cette peur sourde qui s’installe entre les crises. Cette habitude de scruter le moindre battement de cœur, la moindre sensation bizarre. Ces endroits qu’on se met à éviter. Cette vie où on fait de moins en moins de choses, doucement, sans qu’on s’en rende vraiment compte. Vous ne demandez pourtant pas grand-chose, juste vivre normalement, comme avant. Aller au restaurant, au cinéma, faire vos courses, partir en vacances. Des choses insignifiantes pour les autres, et devenues immenses pour vous.
Alors laissez-moi vous dire trois choses, tout de suite, avant tout le reste.
La première : ce que vous vivez est réel. Personne n’a le droit de balayer ça d’un “détendez-vous” ou d’un “n’y pensez plus”. Ces phrases-là ne servent à rien, vous l’avez déjà constaté. La peur est une émotion, mais les sensations qu’elle déclenche sont bien réelles et mesurables. Prenez votre pouls en pleine crise et vous battrez des records. Ce n’est pas imaginaire. Ça existe. Et ça a un mécanisme précis, que vous allez comprendre.
La deuxième : aussi terrifiant que ce soit, vous n’êtes pas en train de devenir fou, et vous n’allez pas mourir d’une crise de panique. Je sais que sur le moment, c’est exactement ce que votre corps vous hurle. Je sais aussi à quel point c’est dur à croire quand on est dedans. On y reviendra, lentement, preuve par preuve, sans rien vous imposer.
La troisième : vous n’êtes pas seul, et vous n’êtes pas un cas à part. Des millions de personnes vivent exactement ce que vous vivez, en silence, avec les mêmes scènes, les mêmes pensées, les mêmes hontes. Des costauds, des timides, des jeunes, des moins jeunes, des hommes, des femmes. La panique peut toucher n’importe qui, et elle ne dit rien de votre valeur.
Je ne vais pas vous promettre que vous serez guéri pour toujours, ni que vous ne ressentirez plus jamais la moindre angoisse. Ce serait vous mentir, et je n’ai pas écrit ce guide pour ça. Je vais vous promettre quelque chose de plus vrai, et de bien plus important. Vous pouvez cesser de vivre dans la peur de la prochaine crise. Vous pouvez récupérer votre vie. Le restaurant, le cinéma, le métro, les vacances, la file d’attente, tout ce que la peur vous a pris.
Moi, je n’ai pas cherché à devenir un homme sans peur. J’ai simplement cessé d’avoir peur d’avoir peur. Et ça a tout changé.
Comment ? En comprenant d’abord ce qui se passait vraiment dans mon corps et dans ma tête. Puis en apprenant à faire l’inverse exact de ce que je faisais jusque-là. Parce que sans le savoir, je passais mes journées à nourrir le problème en croyant le combattre.
C’est ce chemin que je vais vous faire parcourir, à mon rythme d’ami, pas à celui d’un manuel. On commence par le commencement, cette chose qu’on appelle la peur, et qu’on connaît si mal alors qu’elle nous accompagne depuis toujours.