Sommaire du guide
- Préface
- 1. Vous n'êtes pas en train de devenir fou, et vous n'allez pas mourir
- 2. La peur, cette vieille alliée qui vous veut du bien
- 3. Le tonneau : d'où viennent vraiment vos crises
- 4. La fausse alerte : pourquoi votre corps s'emballe
- 5. Des nerfs à vif : la sensibilisation
- 6. Vos symptômes, un par un : pourquoi ils ne sont pas dangereux
- 7. Les pensées de crise, démontées une par une
- 8. Cette étrange sensation d'irréalité
- 9. Vous faire aider, et la question des médicaments
- 10. La peur de la peur : le vrai moteur du problème
- 11. L'anticipation : la crise avant la crise
- 12. L'évitement : le piège qui rétrécit votre vie
- 13. Les comportements de sécurité : l'agent secret du quotidien
- 14. La réassurance sans fin : Google, le pouls et la question qui tue
- 15. Pourquoi tout ce que vous avez essayé a échoué
- 16. La vague : comprendre pour ne plus lutter
- 17. Le réflexe SOS, vue d'ensemble
- 18. Premier temps : Stopper le combat
- 19. Deuxième temps : Observer et accueillir
- 20. Troisième temps : Se laisser porter
- 21. S'entraîner à froid, pour que le réflexe soit là le jour J
- 22. Le réflexe SOS sur le terrain, scène par scène
- 23. Cesser de fuir, concrètement
- 24. Alléger les béquilles, une par une
- 25. Reprendre les lieux et les situations, barreau par barreau
- 26. La patience : le temps, la fatigue et les faux plateaux
- 27. Le terrain : café, alcool, sommeil, et un corps qui bouge
- 28. Les rechutes sont normales : votre plan pour les jours gris
- 29. Et après : vivre sans la peur de la peur
- Les textes des audios SOS
Chapitre 2
La peur, cette vieille alliée qui vous veut du bien
Je me souviens d’une scène d’un film d’action, où le héros expliquait à son partenaire que le danger est réel, mais que la peur n’est qu’une émotion. J’avais trouvé ça très fort à l’époque. J’ai retenu la phrase, pas le film. C’était bien avant mes crises, et je n’imaginais pas une seconde que cette phrase deviendrait un jour une question de survie quotidienne.
Alors prenons deux minutes pour regarder en face cette émotion qui vous gâche la vie. Parce que vous allez le voir, la peur n’est pas votre ennemie. Elle est même l’une des choses les mieux conçues de tout votre organisme. Votre problème n’est pas d’avoir de la peur. C’est que votre peur se déclenche au mauvais moment, et qu’on va comprendre pourquoi.
Une alarme, pas une faiblesse
La peur est une émotion de survie. Elle accompagne la perception d’un danger, réel ou supposé, et elle prépare le corps à y répondre, fuir, ou faire face. Retenez ce petit mot au passage, “supposé”. La peur ne se déclenche pas seulement face à un vrai danger, mais aussi face à un danger imaginé. C’est toute notre histoire, et on y reviendra.
Concrètement, la peur est une alarme automatique. Elle s’active toute seule, avant même que vous ayez le temps de réfléchir. Une ombre qui passe, une main qui vous touche l’épaule par surprise, un klaxon. Votre corps sursaute d’abord, et analyse ensuite. Ce n’est que l’ombre d’un nuage, ce n’est que votre collègue, ce n’est rien. L’alarme s’éteint, la vie continue.
Ce système vous a déjà sauvé la vie, probablement plusieurs fois, sans que vous y pensiez. Le pied qui se retire du bord du trottoir une seconde avant la voiture, la main qui lâche la casserole brûlante avant même d’avoir eu mal. C’est lui. Il travaille pour vous, gratuitement, depuis votre naissance.
Votre corps sait des choses que vous ignorez
Ce système d’alarme fait partie d’un ensemble plus vaste, toute cette machinerie automatique qui gère votre corps sans vous demander votre avis. Votre respiration, vos battements de cœur, votre température, votre digestion. Vous n’avez à penser à rien, tout est piloté en coulisses. Heureusement, d’ailleurs. Imaginez devoir vous souvenir de respirer.
Et cette machinerie vous protège en permanence, avec un zèle parfois surprenant. Vous savez qu’il ne faut pas plonger d’un coup dans une eau très froide après un bain de soleil ? Si vous le faites, votre corps, saisi par ce passage brutal du chaud au froid, peut déclencher un réflexe de protection si puissant qu’il ralentit d’un coup le cœur et fait chuter la tension, au point, parfois, de vous faire perdre connaissance. Ce n’est pas une punition, c’est une protection mal calibrée pour la situation. Si vous mangez quelque chose d’avarié, vous vomissez, que vous le vouliez ou non. Votre corps a détecté un poison et l’expulse, sans vous consulter.
Gardez cette idée en tête, elle va devenir centrale. Votre corps prend des initiatives pour vous protéger, et il les prend parfois à tort. Ce n’est jamais un signe de casse. C’est un système de protection qui fait du zèle.
Un héritage de quarante mille ans
Pour comprendre pourquoi votre alarme est si puissante, il faut remonter loin. Au temps de la préhistoire, le quotidien de nos ancêtres tenait en trois missions. Trouver un abri, trouver à manger, et ne pas se faire tuer. Des millénaires de cette vie-là ont câblé dans notre cerveau une collection de réflexes de survie dont nous n’avons même pas conscience, et qui fonctionnent toujours, alors que les dangers d’origine ont disparu.
Vous voulez des exemples ? Ils sont fascinants.
Pourquoi tant de personnes s’évanouissent-elles à la vue du sang, alors que les autres peurs font si rarement ça ? Parce qu’au temps des grandes blessures, une chute de tension ralentissait le saignement, et s’effondrer pouvait faire croire au prédateur que vous étiez déjà mort. La peur du sang est la grande exception, celle qui fait chuter la tension. Les autres peurs, on le verra, font exactement l’inverse. Retenez ça, c’est une excellente nouvelle pour vous, et je vous expliquerai pourquoi au chapitre 7.
Pourquoi avons-nous envie de vomir en voyant quelqu’un vomir ? Parce que dans une tribu qui partageait la même nourriture, si l’un s’empoisonnait, tous avaient probablement mangé la même chose. Vomir en chœur sauvait des vies.
Pourquoi, si vous voyez un groupe de gens courir dans la même direction avec des visages paniqués, vos jambes s’apprêtent-elles à courir avant même de savoir pourquoi ? Parce qu’à la cueillette, celui qui attendait de comprendre finissait mangé.
Tous ces réflexes ont un point commun. Ils sont automatiques, immédiats, et plus rapides que la réflexion. C’est leur force. C’est aussi, pour nous, le début du problème. Une alarme aussi ancienne et aussi puissante n’a pas été conçue pour la vie moderne, ses open spaces, ses supermarchés et ses rames de métro bondées.
La peur choisie, ou pourquoi vous payiez pour avoir peur
Il existe une autre preuve que la peur n’est pas votre ennemie, et elle va peut-être vous faire sourire. À une époque, vous payiez pour en avoir.
Les films d’horreur. Le train fantôme. Les montagnes russes. Les histoires qui font peur autour du feu. La moitié des attractions d’une fête foraine n’ont qu’un seul but, déclencher votre alarme, faire monter l’adrénaline, sentir son cœur cogner, et en rire deux minutes après. Les enfants adorent ça. Vous avez adoré ça.
Et puis les crises sont arrivées, et vous êtes probablement devenu réfractaire à toute forme de peur, même la plus inoffensive. Le film d’horreur, très peu pour vous. Le grand huit, n’en parlons pas. Tout ce qui accélère le cœur est devenu suspect.
Je vous raconte ça pour une raison précise. La sensation de peur, en elle-même, n’a rien de dangereux ni d’insupportable. La preuve, des gens font la queue pour l’éprouver. Ce qui a changé chez vous, ce n’est pas la sensation. C’est l’interprétation que vous en faites. Le cœur qui s’emballe dans un grand huit, c’est l’aventure. Le même cœur qui s’emballe dans une file d’attente, c’est la terreur. Même sensation, deux vécus opposés. Toute la différence se joue dans le sens qu’on lui donne.
Le chemin que nous allons faire ensemble n’est donc pas d’éradiquer la peur, ce qui est impossible et ne serait même pas souhaitable. Elle vous protège réellement, de temps en temps. Le chemin, c’est de réapprendre à ne plus la craindre. De la remettre à sa place, une alarme utile, parfois trop sensible, jamais dangereuse.
Mais avant ça, il reste LA question. Celle qui vous obsède probablement depuis votre première crise, celle que je me suis posée pendant des mois. Pourquoi moi ? Et pourquoi l’alarme s’est-elle déclenchée ce jour-là, précisément, alors que tout allait bien ?
La réponse tient dans une image. Elle a changé ma façon de voir mes crises, et je crois qu’elle va changer la vôtre.