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Sommaire du guide

Chapitre 10

La peur de la peur : le vrai moteur du problème

Une toute petite bougie à côté d'un grand bidon de carburant

Voici la question qui m’a longtemps rendu fou. Si une crise n’est qu’une fausse alerte, sans danger réel, pourquoi est-ce que ça ne s’arrête pas ? Le stress qui avait rempli mon tonneau était derrière moi. Ma vie s’était calmée. Et pourtant les crises continuaient, et même, elles empiraient. Pourquoi ?

Parce qu’entre deux crises, une autre mécanique s’était mise en place. Plus discrète que les crises, mais bien plus tenace. Et ce n’est pas la crise. C’est la peur d’en refaire une.

La première peur et la seconde peur

Pour comprendre cette mécanique, je dois vous transmettre la distinction la plus utile que j’aie trouvée dans toutes mes lectures. Elle vient de Claire Weekes, cette médecin australienne dont je vous ai déjà parlé, et une fois qu’on l’a comprise, vous la verrez partout.

Dans chaque montée d’angoisse, il y a en réalité deux peurs.

La première peur, c’est l’éclair. La décharge automatique, instantanée, qui traverse le corps avant toute pensée. Le sursaut quand la porte claque, le coup au cœur quand une sensation bizarre apparaît. Cette première peur, vous ne la contrôlez pas, personne ne la contrôle, elle est câblée, réflexe, plus rapide que la conscience. Chez vous, avec un système sensibilisé, elle est plus fréquente et plus forte que la moyenne, on l’a vu. Mais elle a une propriété capitale. Livrée à elle-même, elle s’éteint en quelques secondes. Un éclair, puis plus rien.

La seconde peur, c’est tout ce que vous ajoutez après l’éclair. Oh non, ça recommence. Et si c’était une crise. Et si c’était pire. Pas ici, pas maintenant, pas devant tout le monde. Il faut que je sorte. Chaque pensée de cette cascade est une nouvelle giclée de peur, envoyée par vous, sur les braises de la première. C’est la seconde peur qui transforme un éclair de deux secondes en crise de vingt minutes. C’est elle qui fait durer, elle qui fait grossir, elle qui fait revenir.

Et voici pourquoi cette distinction change tout. La première peur ne peut pas être supprimée, et n’a pas à l’être, elle est inoffensive et brève. Mais la seconde peur, elle, est apprise. Et tout ce qui s’apprend peut se désapprendre. Vous ne deviendrez jamais quelqu’un qui ne ressent aucun éclair. Vous pouvez tout à fait devenir quelqu’un qui n’ajoute plus la cascade. C’est exactement, très exactement, ce que la méthode de ce guide installe.

Comment une sensation banale devient une crise

Regardez maintenant la mécanique complète, au ralenti, parce que c’est elle qui gouverne votre vie en ce moment.

Après la première crise, vous n’êtes plus le même. Vous êtes devenu le vigile de votre propre corps, une partie de vous guette, en permanence, le moindre signal interne. C’est l’alerte permanente, et elle est logique. Votre cerveau a vécu ce qu’il a pris pour un événement gravissime, il surveille.

Un jour, votre cœur accélère un peu. Pour une raison parfaitement banale. Vous avez monté un escalier, bu un café, eu une émotion, ou rien du tout, le corps vit et fluctue en permanence. N’importe qui d’autre ne l’aurait même pas remarqué.

Mais vous, vous le remarquez, puisque vous guettez. Éclair, première peur. Et immédiatement, la cascade. Ça recommence. Cette pensée fait peur, et la peur, vous le savez maintenant, déclenche l’adrénaline. L’adrénaline accélère le cœur pour de bon, raccourcit le souffle, fait monter la chaleur. Ces nouvelles sensations confirment la pensée. C’était donc bien une crise. La seconde peur explose, l’adrénaline suit, et vous voilà en pleine crise.

Regardez bien ce qui s’est passé. Il n’y avait rien au départ. Une fluctuation banale. C’est la peur de la crise qui a fabriqué la crise. Vous avez allumé l’alarme vous-même, sans le vouloir, en prenant une sensation normale pour un début de danger. Le problème n’est plus le tonneau d’origine. La mécanique s’auto-alimente, par la boucle sensation, peur, adrénaline, sensation.

C’est pour ça que vos crises continuent alors que votre vie s’est calmée. Ce n’est plus le stress qui les nourrit. C’est leur propre souvenir.

Le problème a changé de nature, et c’est une excellente nouvelle

On peut résumer toute votre situation en deux temps. Premier temps, vous n’êtes pas en crise, mais vous avez peur d’en faire une, alors vous guettez, vous anticipez, vous évitez. Deuxième temps, cette peur finit par déclencher précisément ce qu’elle redoute. Réglez le premier temps, faites taire la peur d’avoir peur, et le deuxième temps n’a plus de carburant.

Et c’est là, paradoxalement, la meilleure nouvelle de tout ce guide.

Si le vrai moteur du problème, c’était les crises elles-mêmes, vous seriez condamné à apprendre à les stopper, et personne n’y arrive. On ne commande pas à l’adrénaline. Mais le vrai moteur, c’est la peur de la prochaine. Et une peur, ça se désamorce. Pas sur commande, pas en se le répétant devant la glace, mais par un chemin précis. Comprendre ce qu’on craint (c’est fait, ou presque), cesser de le fuir, et apprendre à traverser les crises sans leur ajouter de seconde peur. Le jour où la prochaine crise cesse d’être une menace pour devenir ce qu’elle est, une décharge désagréable et sans danger qui retombera toute seule, le cycle perd son carburant. Les crises s’espacent, raccourcissent, faiblissent. Non pas parce que vous les combattez mieux. Parce que vous ne les nourrissez plus.

Tout le reste de ce guide ne sert qu’à ça.

Mais avant d’arriver à la méthode, il faut que je vous montre les quatre visages que prend la peur de la peur dans votre quotidien. Parce qu’elle ne se contente pas de guetter vos sensations. Elle anticipe, elle évite, elle s’équipe, elle vérifie. Quatre habitudes qui semblent vous protéger et qui, toutes les quatre, font tourner le moteur. On commence par la plus sournoise, celle qui gâche vos journées avant même que quoi que ce soit n’arrive.