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Sommaire du guide

Chapitre 29

Et après : vivre sans la peur de la peur

On arrive au bout, alors je veux être honnête une dernière fois, comme je l’ai été à chaque page.

Je ne vais pas vous dire que vous ne ressentirez plus jamais la moindre angoisse. Ce serait faux, et vous savez maintenant pourquoi. La peur fait partie de l’équipement, elle est là pour de bonnes raisons, et elle vous rendra encore service. Il y aura des éclairs de première peur toute votre vie, comme pour tout le monde. Il y aura des périodes plus chargées, des tonneaux qui se remplissent, peut-être des vagues, de temps en temps, de plus en plus rares.

Ce que je vais vous dire, c’est ce qui change. Vous n’en aurez plus peur. Une vague pourra monter, et vous saurez, au fond de vous, de ce savoir tranquille qui vient de l’expérience, qu’elle va redescendre et que vous savez faire. Vous aurez cessé d’avoir peur d’avoir peur. Et ça, ça change absolument tout. Sans la seconde peur, les éclairs restent des éclairs, les vagues restent petites, et la vie reste à vous.

À quoi ça ressemble, concrètement

Imaginez. Retourner au restaurant et choisir sa place pour la vue. Aller au cinéma et s’asseoir au milieu de la rangée, parce que c’est là qu’on voit le mieux. Reprendre le métro en pensant à autre chose, le train, l’avion, les vacances loin. Faire la queue en rêvassant. Boire un café en terrasse, monter les escaliers quatre à quatre, danser, courir, sentir son cœur battre fort et trouver ça bon. Se coucher sans guetter, s’endormir en se laissant couler, avec plaisir.

Toutes ces choses minuscules pour les autres, et si précieuses pour vous, elles reviennent. Une à une, barreau après barreau, elles redeviennent ce qu’elles étaient avant, des non-événements. Le sommet du rétablissement, ce n’est pas un feu d’artifice, c’est cette banalité retrouvée, un mardi ordinaire dans le métro, à penser à tout autre chose.

Le cadeau caché

Et il y a autre chose, que je ne pouvais pas vous annoncer au début parce que vous ne m’auriez pas cru. Cette traversée vous laisse un cadeau.

Vous avez affronté, des dizaines de fois, ce que votre corps sait produire de plus terrifiant. Vous avez appris à rester debout dans la tempête, à lâcher prise sous la pression, à distinguer le danger réel du vacarme intérieur, à avancer avec la peur au ventre. Ce sont des compétences rares, et elles ne partent plus.

Vous le sentirez dans les moments où les autres flanchent. Le grand oral, l’entretien, l’annonce difficile, l’imprévu. Tout le monde aura le cœur qui cogne et le souffle court. Mais vous, ces sensations, vous les connaissez par cœur, vous avez passé des années à les apprivoiser, et elles ne vous impressionnent plus. Là où les autres découvrent la tempête, vous êtes en terrain connu. Beaucoup d’anciens anxieux le disent, et je le confirme. On ne sort pas de cette épreuve diminué. On en sort avec un sang-froid que peu de gens possèdent, parce que peu de gens ont eu à l’apprendre.

Je ne vous souhaite pas d’avoir eu des crises. Mais puisqu’elles sont là, sachez que le chemin pour en sortir vous laisse plus solide qu’avant elles. Ce n’est pas une consolation de façade, c’est, littéralement, de l’entraînement.

L’entretien, léger

Pour entretenir tout ça, rien de lourd. Gardez le soupir quotidien. Cinq minutes, c’est votre hygiène de fond, comme se brosser les dents. Gardez la carte SOS quelque part, dans un tiroir ou un coin de téléphone, même si vous ne la regardez plus, savoir qu’elle existe suffit. Continuez de vivre large. Chaque restaurant, chaque trajet, chaque file d’attente est une micro-dose d’entretien qui maintient le territoire ouvert. Et dans les périodes difficiles, quand la vie charge le tonneau, resserrez simplement les fondamentaux : sommeil, soupir, rythme. C’est tout. Avec le temps, même cet entretien devient invisible, c’est juste votre vie, de nouveau.

Un dernier mot, d’ami à ami

Vous voilà au bout du guide, et au début du chemin. Vous n’êtes plus la personne qui l’a ouvert. Vous comprenez ce qui vous arrive, vous avez l’outil, vous avez la carte, vous savez où vous allez et par où passer. Le plus dur est derrière vous, parce que le plus dur, c’était d’avancer dans le noir, et maintenant vous y voyez clair.

Il reste à marcher, à votre rythme, un pas après l’autre, avec les zigzags prévus au programme. Je serai dans vos écouteurs quand une vague montera, sur la carte au fond de votre poche, et dans ces pages chaque fois que vous voudrez revenir. Vous n’êtes plus seul, et vous ne l’avez d’ailleurs jamais été. Nous sommes des millions à être passés par là, et à en être sortis.

Prenez soin de vous. Et à bientôt, de l’autre côté.

Nicolas