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Chapitre 4

La fausse alerte : pourquoi votre corps s'emballe

Une cloche d'alarme au-dessus d'un paysage paisible

Donc le tonneau déborde, et le cerveau déclenche l’alarme. Mais pourquoi cette alarme prend-elle des proportions aussi énormes ? Pourquoi le cœur, le souffle, les tremblements, cette impression que la fin est proche ? Pour le comprendre, il faut retrouver un vieil ami du chapitre 2, votre système de survie préhistorique. Et pour ça, je vais vous présenter Charles.

Charles et le tigre

Il fait beau et chaud. Charles marche tranquillement dans l’herbe haute. Charles est un homme de Cro-Magnon, et il est de bonne humeur. Il part chercher de la nourriture, il pense au dîner. Quand soudain, un tigre à dents de sabre surgit des fourrés en poussant un rugissement.

En une fraction de seconde, sans que Charles ait à y réfléchir, sans même qu’il ait le temps de penser le mot “tigre”, son corps prend les commandes :

De l’adrénaline est libérée dans son sang, massivement. Son cœur se met à battre beaucoup plus vite, pour pomper plus de sang et l’envoyer dans ses muscles. Charles va en avoir besoin pour courir. Sa respiration s’accélère, pour amener plus d’oxygène, le carburant de l’effort. Ses pupilles se dilatent, pour capter le moindre mouvement du danger. Tous ses sens passent en alerte maximale. Il entend tout, il voit tout, il est entièrement concentré sur sa survie. Ses muscles se gorgent de sang et de force. Sa digestion s’arrête net, ce n’est vraiment plus le moment. Son corps chauffe et transpire d’avance, pour se refroidir pendant l’effort.

Et Charles court. Comme jamais. Un sprint, deux ou trois sauts, il se cache. Son cœur cogne encore, tous ses muscles tremblent de l’énergie mobilisée, il est en sueur, à bout de souffle. Il attend, il vérifie que le tigre est parti. Et peu à peu, tout redescend. L’adrénaline se dissipe, le cœur ralentit, le souffle revient. Charles est vivant, précisément parce que son corps a fait tout ça sans lui demander son avis.

Ce système est génial. C’est probablement la mécanique la plus efficace de tout votre organisme. Sans elle, aucun de nos ancêtres n’aurait survécu, et nous ne serions pas là pour en parler.

Le problème : il n’y a pas de tigre

Maintenant, voici le retournement, et prenez le temps de le lire lentement.

Pendant une crise de panique, votre corps produit exactement, point par point, la même réaction que celui de Charles devant son tigre. La même décharge d’adrénaline. Le même cœur qui s’emballe. Le même souffle qui s’accélère. Les mêmes pupilles dilatées, les mêmes muscles gonflés d’énergie, la même transpiration, la même digestion coupée. Tout y est. Votre corps exécute à la perfection un programme de survie vieux de dizaines de milliers d’années.

À un détail près, il n’y a pas de tigre. Il n’y a rien. Vous êtes dans une file d’attente, dans votre lit, au restaurant. L’alarme s’est déclenchée toute seule, par erreur, parce que le tonneau a débordé ou parce qu’une sensation banale a été prise pour une menace, on verra ça bientôt.

C’est comme une alarme incendie qui se mettrait à hurler, sirènes et jets d’eau à fond, dans tout l’immeuble, juste parce que quelqu’un a allumé une cigarette sous un détecteur. Il n’y a pas de feu. L’alarme n’est pas cassée, au contraire. Elle fonctionne parfaitement, elle est juste devenue trop sensible. Et tout le vacarme que vous entendez, les sirènes, l’eau, la panique dans les couloirs, ce n’est pas le feu. C’est le système anti-incendie.

L’image de la mère et de l’enfant

Un auteur allemand, Klaus Bernhardt, propose une image que je trouve très juste, et je vous la partage.

Imaginez un petit garçon de quatre ou cinq ans qui joue au ballon avec ses copains. Sa mère le surveille de loin. Le petit est à fond dans son match, il court, il dribble, et sans s’en rendre compte, il se rapproche de plus en plus d’une route très fréquentée. Sa mère le voit. Son inquiétude monte. Et quand l’enfant arrive vraiment trop près de la route, elle s’élance en hurlant son prénom, le rattrape et l’agrippe.

Que vit le petit garçon ? Une terreur totale, incompréhensible. Une seconde avant, il jouait, tout allait bien. Et d’un coup, on hurle, on le saisit, son cœur explose. Il n’a jamais vu la route. Il ne comprend pas ce qui lui arrive, ni pourquoi.

Pendant une crise de panique, vous êtes ce petit garçon. Votre cerveau est cette mère. Il a cru voir un danger, à tort ou à raison, et il ne vous a pas prévenu en douceur. Il vous a agrippé d’un coup, en hurlant, avec tous les moyens du bord. Ce que vous vivez comme une agression incompréhensible est, de son point de vue à lui, un sauvetage.

Le retournement qui change tout

Voilà le point le plus important de ce chapitre, celui que je veux que vous reteniez si vous ne retenez qu’une chose.

Chacune des sensations qui vous terrifie n’est pas le signe que quelque chose se casse en vous. C’est le signe que votre corps fait exactement ce pour quoi il est conçu, vous protéger. Il le fait au mauvais moment, face à un danger qui n’existe pas, et c’est épuisant, déroutant, injuste. Mais ce n’est pas une panne de votre cœur ni de votre tête. C’est une fausse alerte, exécutée par un système en parfait état de marche.

Et une fausse alerte, ça ne se combat pas. Ça finit par s’éteindre tout seul, dès lors qu’on sait qu’il n’y a pas le feu. Vous ne pouvez pas éteindre l’alarme de force, personne n’a ce bouton. Mais vous pouvez cesser de courir dans les couloirs en ajoutant votre propre panique au vacarme. Et ça, ça change absolument tout. C’est là que tout commence.

Mais avant d’aller plus loin, il faut que je vous explique quelque chose que presque personne ne vous dira, et qui répond à une question que vous vous posez sûrement. Pourquoi est-ce que je me sens à fleur de peau même ENTRE les crises ? Pourquoi le moindre bruit me fait sursauter, pourquoi tout m’agresse, pourquoi mon corps semble réglé sur “trop” en permanence ?

Il y a un mot pour ça, et le comprendre m’a énormément soulagé.