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Sommaire du guide

Chapitre 15

Pourquoi tout ce que vous avez essayé a échoué

Avant de vous donner la méthode, je dois régler son compte à tout le reste. Parce que vous n’arrivez pas ici les mains vides. Vous avez déjà essayé des choses, peut-être beaucoup de choses, et elles ont échoué. Il faut comprendre pourquoi, sinon vous appliquerez la méthode de ce guide avec les mêmes réflexes qui ont fait échouer les précédentes.

Passons en revue les grands classiques. Vous allez voir qu’ils ont tous, sans exception, le même défaut de fabrication.

”Respire un grand coup”

Le conseil numéro un, celui que tout le monde donne. Et il contient une double erreur.

La première est technique. “Un grand coup”, c’est précisément ce qu’il ne faut pas faire. Vous vous souvenez de l’hyperventilation, au chapitre 6. Pendant une crise, vous prenez déjà trop d’air. Les grandes inspirations forcées aggravent le déséquilibre, donc les vertiges, les picotements et la sensation d’étouffer. Le conseil le plus répandu du monde est littéralement à l’envers. Ce qui apaise, c’est l’expiration lente, pas la grande inspiration forcée. On y reviendra, il y a un vrai usage de la respiration, et il est même appuyé par de belles études. Mais pas celui-là.

La seconde erreur est plus profonde, et elle va revenir pour chaque technique de cette liste. La respiration utilisée comme un extincteur, pour faire cesser la crise, devient un acte de lutte. Vous respirez contre la vague, donc vous confirmez à votre cerveau qu’il y a un ennemi, donc vous alimentez l’alarme. Et quand la crise ne s’éteint pas assez vite malgré la technique, la panique redouble : même ma respiration ne marche pas, c’est donc grave. L’outil n’est pas en cause. C’est la mission qu’on lui confie qui est piégée.

”Pense à autre chose”

La distraction. Occuper l’esprit, compter, réciter, se concentrer sur les détails autour de soi, se plonger dans son téléphone. Je l’ai beaucoup pratiquée, et je dois être honnête. Sur le moment, ça peut soulager un peu. Le cerveau ne fait bien qu’une chose à la fois, et un esprit occupé guette moins ses sensations.

Alors pourquoi est-ce un piège ? Parce que la distraction est une fuite qui ne dit pas son nom. Fuir la crise par la pensée, c’est toujours fuir. Le message envoyé au cerveau est “cette chose est si dangereuse que je ne peux même pas la regarder”. L’alarme en prend bonne note. Et surtout, la distraction vous vole la preuve, exactement comme les béquilles du chapitre 13. Si la crise redescend pendant que vous récitiez vos tables de multiplication, votre cerveau croit que ce sont les tables qui vous ont sauvé. Vous voilà avec une plume de Dumbo de plus, et l’obligation de fuir mentalement à chaque vague, pour toujours. La distraction gère les crises. Elle ne vous en sort jamais.

”Pense positif”

Les affirmations, les mantras, “tout va bien se passer”, écrit dix fois et répété devant la glace. Autant vous le dire tout net, je n’y crois pas du tout, et dans notre cas précis, c’est même contre-productif.

D’abord parce que se répéter “tout va bien” quand tout votre corps hurle le contraire, c’est organiser un débat perdu d’avance, la sensation est plus convaincante que le slogan. Ensuite parce que l’insistance elle-même est suspecte, et votre cerveau le sait très bien. Faites l’expérience avec un enfant qu’on emmène chez le médecin. Dites-lui trois fois “ça va bien se passer, tu n’auras pas mal du tout”, et regardez l’inquiétude monter dans ses yeux. Si on insiste tant, c’est qu’il y a un loup. Chaque “tout va bien” répété est un aveu que quelque chose pourrait aller mal.

Il y a quand même une chose à garder. La façon de se parler compte réellement, et la méthode utilisera des phrases précises. Mais regardez leur différence de nature. Elles ne promettront pas que tout va bien. Elles diront ce qui est vrai. “C’est de l’adrénaline, pas un danger” n’est pas une incantation, c’est un fait, vérifié chez le médecin, expliqué au chapitre 6. La vérité calme mieux que la méthode Coué, parce qu’elle n’a pas besoin qu’on y croie fort. Elle est vraie.

”Secoue-toi”, la volonté pure

Et puis il y a la manière forte : se raisonner, se faire violence, serrer les dents, s’interdire la crise. J’ai donné là-dedans aussi, et avec quelle énergie. Le problème est simple, la volonté ne commande pas l’adrénaline. Vous pouvez décider de lever un bras, pas de ralentir votre cœur ni d’arrêter une décharge hormonale. S’attaquer à la crise par la volonté, c’est vouloir arrêter une vague avec les mains. On s’épuise, on boit la tasse, et on en conclut, à tort, qu’on est faible. Vous n’êtes pas faible. Vous vous battez à mains nues contre la chimie, voilà tout.

Le point commun, et le renversement

Posez les côte à côte. Respirer pour stopper, se distraire pour échapper, s’affirmer que tout va bien, serrer les dents. Quatre techniques, une seule et même stratégie, lutter contre la crise. Faire cesser, faire taire, contrôler, chasser.

Et maintenant, repensez à tout ce que vous avez appris depuis le début de ce guide. La crise est une fausse alerte, un système de protection qui s’emballe. Elle est entretenue par une seule chose, la peur qu’on lui oppose, la seconde peur, la lutte. Chaque effort pour la combattre confirme le danger, arme l’alarme, nourrit la crise.

Autrement dit, ces techniques n’ont pas échoué parce que vous les avez mal appliquées, ni parce que votre cas est plus grave que la moyenne. Elles ont échoué parce qu’elles sont toutes construites sur l’erreur de départ. On ne peut pas gagner une lutte dont la lutte est le carburant.

Il ne reste donc qu’une seule direction possible, et c’est la seule que vous n’avez jamais essayée, l’inverse. Ne plus lutter. Laisser venir, laisser être là, laisser passer. Je sais l’effet que cette phrase produit la première fois. Ça ressemble à une capitulation, ou à une folie. Toute la troisième partie de ce guide va vous montrer que c’est exactement le contraire. C’est la seule stratégie qui gagne, elle a une logique de fer, et elle tient en trois gestes qu’on peut apprendre.

On y est. Passons à la méthode.