Déréalisation : quand le monde semble irréel
L'impression que le monde est derrière une vitre, comme dans un rêve ou un film : la déréalisation est l'un des symptômes d'anxiété les plus effrayants et les moins expliqués. Voici ce que c'est.
Pendant mes années de crises, ce qui me terrifiait le plus, ce n’était pas la peur elle-même. C’étaient les sensations. Ce cœur qui cognait, cet air qui ne rentrait plus, ces jambes en coton, cette impression d’être à côté de moi-même. À chaque fois, la même conclusion s’imposait : un corps qui fait ça ne peut pas être en bonne santé.
Et puis j’ai compris, symptôme par symptôme, ce qui se passait réellement. Et je peux vous dire que c’est l’une des choses qui m’ont le plus aidé : une sensation expliquée fait toujours moins peur qu’une sensation mystérieuse.
Un préalable, avant la liste, et il n’est pas négociable. Ces explications valent une fois qu’un médecin a écarté une cause physique. Les symptômes d’une crise de panique ressemblent à ceux de problèmes bien réels, et ce tri, seul un médecin peut le faire. Si ce n’est pas encore fait, commencez par là. Et si un jour une sensation vous semble vraiment différente de d’habitude, on reconsulte, sans discuter.
Cela posé, voyons ce qui se passe. Le fil rouge est toujours le même : pendant une crise, votre corps déclenche sa réaction de survie, la préparation à fuir un danger, sauf qu’il n’y a pas de danger. Chaque symptôme est un morceau de cette préparation.
Le symptôme roi, celui qui fait le plus peur. L’adrénaline accélère votre cœur pour envoyer plus de sang dans vos muscles, comme un moteur qui monte dans les tours avant d’accélérer. Il ne bat pas plus fort, il bat plus vite : l’impression qu’il cogne vient surtout de l’attention que vous lui portez. Un cœur en bonne santé est fait pour ça, il monte bien plus haut pendant un footing. J’ai consacré un article complet aux palpitations, tant le sujet revient.
Le plus contre-intuitif de tous : vous avez l’impression de manquer d’air alors que vous en prenez trop. La respiration s’est accélérée, et cet excès d’air déséquilibre momentanément votre organisme. C’est l’hyperventilation, et c’est elle qui produit la gêne respiratoire, une partie des vertiges et des picotements. Le piège : plus vous forcez pour respirer, plus vous l’entretenez. Vos poumons, eux, fonctionnent parfaitement. Les détails sont ici.
Un mélange d’hyperventilation et de tension. C’est très désagréable, et cela alimente souvent la peur de s’évanouir. Sachez-le : s’évanouir pendant une crise de panique est rare, car l’évanouissement demande une chute de tension, alors que la panique fait précisément l’inverse, elle maintient le corps sous pression. J’explique les vertiges ici et la peur de s’évanouir là.
Doigts, lèvres, visage : ces fourmillements viennent de la respiration trop rapide et du sang qui se redirige en priorité vers les gros muscles, ceux qui serviraient à courir. Les extrémités passent au second plan : mains froides et moites, teint pâle, picotements. Inconfortable, inoffensif.
C’est de l’énergie que votre corps a fabriquée pour fuir, et que vous n’utilisez pas, puisque vous ne fuyez rien. Comme appuyer sur l’accélérateur en gardant le frein à main : ça tremble, voilà tout. Ça se dissipe avec l’adrénaline.
Un moteur qui tourne à plein régime chauffe, alors le corps transpire pour se refroidir. La digestion et la salivation, elles, sont mises en pause, d’où cette bouche sèche et cette impression désagréable d’avaler difficilement.
De la tension musculaire, essentiellement. Les muscles du thorax et de la gorge se contractent sous l’effet de l’alerte, ce qui donne cette sensation d’étau ou de nœud. C’est aussi l’un des symptômes qui inquiètent le plus, et l’une des raisons de consulter au moins une fois pour faire le tri. Une fois ce tri fait : c’est du muscle, pas un organe qui lâche.
Vos pupilles se dilatent pour capter plus de lumière et mieux repérer le danger. L’effet secondaire, c’est une vision un peu floue, des halos, une gêne face à la lumière vive. Ça repart avec l’adrénaline.
En mode alerte, la digestion n’est plus une priorité, le corps a mieux à faire. D’où le ventre serré, la nausée, parfois le besoin d’aller aux toilettes. Désagréable, banal, passager.
Le monde qui semble derrière une vitre, l’impression d’être spectateur de sa propre vie. C’est probablement le symptôme le plus angoissant, parce qu’il touche à la tête, et le moins bien expliqué ailleurs. Il porte deux noms, déréalisation et dépersonnalisation, et c’est un mécanisme de protection du cerveau face au trop-plein de stress, pas un signe de folie. J’y ai consacré deux articles complets : la déréalisation et la dépersonnalisation.
Ce ne sont pas des symptômes physiques, et pourtant ce sont les plus violents. Ces pensées catastrophe sont la lecture que votre cerveau en alerte fait des sensations : il cherche une explication, n’en trouve pas, et conclut au pire. Ce sont ces pensées, et non les sensations, qui transforment un moment désagréable en enfer. Elles sont fausses, toutes : on ne meurt pas d’une crise de panique, on ne devient pas fou, et cette impression de perdre le contrôle ne se réalise pas.
Relisez la liste : tout, absolument tout, s’explique par une seule chose, un corps qui se prépare à fuir un danger qui n’existe pas. Aucun de ces symptômes n’est le signe que quelque chose se casse. Pris un par un, ils sont juste gênants. C’est leur arrivée en bloc, et l’interprétation catastrophe qu’on en fait, qui déclenchent la panique.
Et c’est là que se joue la sortie : quand on sait ce qu’est chaque sensation, on cesse peu à peu de la craindre. Et quand on cesse de craindre les sensations, on coupe le carburant du cycle. C’est tout le mécanisme que je décris dans l’article sur la peur d’avoir peur, la suite logique de cette page.
Comprendre est la première étape. Si vous voulez aller au bout du chemin et cesser de vivre dans la peur de la prochaine crise, j'ai rassemblé tout ce qui m'a aidé dans une méthode complète.
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