Peur de s'évanouir pendant une crise d'angoisse

Vous êtes dans une file d’attente, dans le métro, au milieu d’une réunion. La tête se met à tourner, les jambes deviennent du coton, la vue se voile légèrement. Et la certitude s’installe : ça y est, je vais tomber. Là, devant tout le monde.

Cette peur-là a un pouvoir particulier. Elle transforme chaque lieu public en scène de théâtre où le pire pourrait se produire, elle pousse à repérer les chaises, à longer les murs, à éviter les endroits sans échappatoire. Pendant mes années de crises, j’ai passé un temps fou à calculer où je pourrais m’effondrer dignement.

Alors mettons les choses à plat, parce que sur ce symptôme précis, la physiologie a une excellente nouvelle pour vous.

Le paradoxe : la panique protège de l’évanouissement

Pour comprendre, il faut savoir comment on s’évanouit. Un évanouissement banal, ce que les médecins appellent une syncope vasovagale, arrive quand la tension artérielle et le rythme cardiaque chutent brusquement : le sang n’arrive momentanément plus assez au cerveau, et le corps se met en pause. C’est ce qui se produit chez certaines personnes sous une chaleur écrasante, à la vue du sang, ou après être restées debout immobiles trop longtemps.

Regardez maintenant ce que fait une crise de panique : elle déclenche une décharge d’adrénaline qui accélère le cœur et fait monter la tension. C’est l’exact opposé des conditions de l’évanouissement. Pendant une crise, votre corps est en état de suractivation, pas d’effondrement : il vous prépare à courir, pas à vous éteindre.

Autrement dit, au moment précis où vous avez le plus peur de tomber dans les pommes, votre physiologie est dans l’état qui l’en empêche le mieux. C’est pour ça que s’évanouir au cours d’une crise de panique est rare : des millions de crises se produisent chaque année, avec cette sensation de malaise imminent, et l’immense majorité ne se termine jamais par une chute.

D’où vient l’impression, alors ?

Si on ne tombe pas, pourquoi cette sensation si convaincante d’être au bord de l’évanouissement ? Principalement à cause de l’hyperventilation. En respirant trop, vous évacuez trop de gaz carbonique, ce qui réduit temporairement et sans danger l’afflux sanguin au cerveau : tête légère, vue qui se voile, jambes molles, exactement le tableau d’un début de malaise. Mais un tableau en trompe-l’œil : la mécanique de la vraie syncope, la chute de tension, n’est pas là. La sensation imite le malaise, elle n’en est pas un. J’explique l’hyperventilation en détail ici et les vertiges anxieux là.

Une fois qu’on a compris ça, la phrase à se répéter pendant les vagues devient limpide : cette sensation est déjà venue cent fois, et je ne suis jamais tombé. Ce n’est pas de la méthode Coué, c’est un fait, le vôtre.

Les précisions honnêtes

Ce site vous doit toujours les nuances, les voici.

Il existe une exception documentée : la phobie du sang, des piqûres et des blessures. Chez les personnes concernées, la vue du sang ou une prise de sang peut déclencher une réaction en deux temps qui finit par une vraie chute de tension, donc un possible évanouissement. Si c’est votre cas, ce n’est pas une crise de panique classique, et ça se prend en charge très bien : parlez-en à votre médecin.

Et la règle générale ne bouge pas : de vrais malaises avec perte de connaissance existent, pour des raisons cardiaques, neurologiques ou autres, et ils se montrent à un médecin, systématiquement. Si vous vous êtes réellement évanoui, ce n’est pas cet article qu’il vous faut, c’est une consultation. Tout ce que je décris ici vaut pour la sensation de malaise anxieuse, une fois ce tri fait.

Comment cette peur entretient le problème

Le plus grand dégât de la peur de s’évanouir n’est pas physique, il est comportemental. On se met à s’asseoir dès que la tête tourne, à s’accrocher aux rayons du supermarché, à sortir accompagné, à fuir les files et les transports. Chacun de ces gestes soulage sur le moment, et chacun grave un peu plus le message dans le cerveau : le danger était réel, la preuve, j’ai dû me protéger.

Résultat : la sensation revient plus vite, la zone de confort rétrécit, et on finit par organiser sa vie autour d’une chute qui ne se produit jamais. Si vous vous reconnaissez, l’article sur les comportements de sécurité et celui sur la peur de faire une crise en public sont vos prochaines lectures.

Que faire quand la sensation arrive

La prochaine fois que les jambes se dérobent et que la vue se voile, essayez ceci, dans cet ordre. Nommez : c’est de l’hyperventilation, pas un malaise, je ne suis jamais tombé. Ne vous jetez pas sur une chaise, ne vous agrippez pas : restez debout si vous le pouvez, tranquillement, en ralentissant simplement votre expiration. Et laissez la vague faire sa courbe, elle monte, elle culmine, elle redescend, comme toujours.

Chaque fois que vous restez debout et que rien n’arrive, vous n’avez pas seulement traversé un mauvais moment : vous avez appris à votre cerveau, par la preuve, que cette sensation ne mérite plus d’alarme. C’est comme ça, expérience après expérience, que cette peur se vide. La mienne a mis quelques mois à mourir. Elle n’est jamais revenue.

Un rappel important. Les explications de cet article valent une fois qu'un médecin a écarté une cause physique à vos symptômes. Si ce n'est pas encore fait, si une sensation vous semble inhabituelle ou si vous avez le moindre doute, consultez. Ce site ne remplace pas un avis médical. Je ne suis pas médecin : je suis quelqu'un qui est passé par là, et qui partage ce qu'il a compris en chemin.

Aller plus loin

Comprendre est la première étape. Si vous voulez aller au bout du chemin et cesser de vivre dans la peur de la prochaine crise, j'ai rassemblé tout ce qui m'a aidé dans une méthode complète.

Découvrir la méthode Stopper les Crises