Crise d'angoisse dans les transports : métro, voiture, avion
Pourquoi le métro, le train, la voiture sur l'autoroute ou l'avion déclenchent tant de crises d'angoisse, et comment reprendre les transports sans organiser sa vie autour de la peur.
Il y a la peur de la crise. Et puis il y a la peur de la crise devant les autres.
Faire une crise chez soi, c’est déjà éprouvant. Mais l’idée d’en faire une au milieu du supermarché, en réunion, à un dîner, dans une file d’attente, ajoute une couche de terreur qui n’a plus rien à voir avec les sensations : le regard des autres. On s’imagine s’effondrer devant tout le monde, faire un scandale, devoir être secouru, croiser ensuite ces gens qui ont vu. Pour beaucoup de personnes, cette peur sociale devient plus envahissante que les crises elles-mêmes.
Je la connais intimement. Pendant longtemps, mes crises m’inquiétaient moins que leur public potentiel. Voici ce qui m’a aidé à en sortir.
Commençons par la scène que vous redoutez. Dans votre tête, elle ressemble à ça : la crise monte, vous perdez le contrôle, vous vous effondrez ou vous hurlez, tout le monde se retourne, on appelle les secours, c’est le chaos et la honte.
Maintenant, la réalité, et je vous demande de la lire attentivement parce qu’elle est vérifiable : une crise de panique est un événement intérieur. Le cœur qui cogne, le souffle court, les vertiges, l’impression d’irréalité, tout ce vacarme se joue à l’intérieur de vous. De l’extérieur, une personne en crise a l’air, au pire, un peu pâle, un peu absente, un peu pressée de sortir. C’est tout.
Repensez à vos propres crises passées en public, si vous en avez vécu : combien de personnes s’en sont aperçues ? La réponse est presque toujours : aucune, ou une seule, celle qui vous connaît par cœur. Vous avez traversé des tempêtes intégrales au milieu de gens qui pensaient à leur liste de courses. L’écart entre ce que vous viviez et ce qu’ils voyaient est immense, et il joue entièrement en votre faveur.
Quant à la perte de contrôle spectaculaire, le scénario où l’on hurle ou l’on devient fou : c’est une pensée catastrophe classique de la panique, pas un fait. Des millions de crises se produisent chaque année dans les lieux publics, dans une discrétion presque totale. Et la peur de s’effondrer, elle, repose sur un malentendu physiologique que j’ai démonté dans l’article sur la peur de s’évanouir : la panique maintient la tension artérielle, elle ne la coupe pas.
Parce qu’elle se nourrit de deux carburants à la fois.
Le premier est le mécanisme habituel, la peur d’avoir peur : plus vous redoutez la crise, plus vous êtes en alerte, plus la crise devient probable. Appliqué au public, ça donne l’anticipation : des jours avant un événement, vous y êtes déjà, à répéter mentalement la catastrophe. Le dîner de samedi est gâché dès mercredi.
Le second est social : la honte anticipée. Nous sommes câblés pour craindre le jugement du groupe, et la panique détourne ce câblage. Résultat, on ne gère plus une peur mais deux, celle des sensations et celle du regard, chacune amplifiant l’autre : et si les sensations montaient, et si ça se voyait, et voilà les sensations qui montent, et voilà la peur que ça se voie.
Face à cette double peur, on s’équipe. On repère les sorties en entrant, on s’assoit près de la porte, au bout de la rangée, jamais au milieu. On garde sa bouteille d’eau, son téléphone chargé, ses écouteurs. On prévoit l’excuse pour partir tôt, on ne sort qu’accompagné, on choisit les heures creuses.
Chacune de ces précautions soulage sur le moment. Et chacune enfonce le clou : si j’ai besoin de tout cet équipement, c’est que le danger est réel. Votre cerveau enregistre, l’alerte se renforce, et le périmètre se réduit : d’abord les concerts, puis les restaurants, puis le supermarché aux heures pleines, puis le supermarché tout court. J’ai décrit cette mécanique en détail dans l’article sur les comportements de sécurité et celui sur l’évitement, les deux pièges jumeaux.
D’abord, changez l’objectif. L’objectif n’est pas de ne plus jamais ressentir d’angoisse en public : c’est de savoir qu’une vague peut monter là-bas, et que vous saurez la traverser. La nuance change tout, parce que la première exigence est intenable et que la seconde est un savoir-faire qui s’apprend.
Ce savoir-faire, c’est le même que partout : quand la vague monte au milieu des gens, on ne lutte pas, on ne file pas vers la sortie en courant. On reste, on nomme (c’est de l’adrénaline, personne ne voit rien, ça va redescendre), on laisse les sensations être là, et on continue, même imparfaitement, ce qu’on était en train de faire : avancer dans la file, écouter la conversation, pousser le caddie. Les trois mouvements sont détaillés ici. Et si vous choisissez quand même de sortir, sortez en marchant, calmement : la différence entre partir et fuir est énorme pour votre cerveau.
Ensuite, reconquérez le terrain, petit pas par petit pas. Pas de plongeon héroïque dans le concert bondé : reprenez d’abord la boulangerie à l’heure creuse, puis le supermarché dix minutes, puis le café en terrasse. À chaque sortie où vous restez, où la vague monte peut-être, puis redescend, sans catastrophe, votre cerveau réapprend par la preuve que ces lieux sont praticables. C’est lent, c’est cumulatif, et ça marche : c’est exactement ainsi que j’ai récupéré, un par un, tous les endroits que la peur m’avait pris.
Un dernier mot sur le regard des autres, pour solde de tout compte. Les rares fois où quelqu’un remarque effectivement que ça ne va pas, voici ce qui se passe dans la vraie vie : la personne s’inquiète gentiment, propose un verre d’eau, et vous dit qu’elle aussi, un jour, a connu ça. La bienveillance est infiniment plus fréquente que le jugement. Le tribunal devant lequel vous répétez votre procès n’existe que dans la salle d’audience de votre tête.
Comprendre est la première étape. Si vous voulez aller au bout du chemin et cesser de vivre dans la peur de la prochaine crise, j'ai rassemblé tout ce qui m'a aidé dans une méthode complète.
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