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Voyager tranquille
La voiture
La voiture mérite d’ouvrir le bal, parce que c’est le transport du quotidien, et celui où la peur raconte le plus gros mensonge.
Le fait central : une crise ne fait pas perdre le contrôle du véhicule
La peur au volant repose presque toujours sur ce scénario : une crise monte, je perds le contrôle, je provoque un accident. Posons donc le fait, calmement. Une crise de panique ne fait pas perdre le contrôle d’une voiture. Pendant une crise, vous restez capable de tenir un volant, de freiner, de mettre un clignotant, de vous rabattre. Souvenez-vous de ce qu’est physiologiquement une crise, un état de suractivation, des sens en alerte, des muscles alimentés. C’est l’opposé d’un évanouissement ou d’une absence. Des millions de crises ont lieu au volant, et ce qui serait dangereux, ce n’est pas la crise, c’est la réaction panique, celle qui ferait piler au milieu de la route ou accélérer n’importe comment pour sortir au plus vite de la situation. Autrement dit, le danger ne vient pas de la crise, il viendrait de la fuite. Et la fuite, vous savez ne plus la choisir.
Conducteur : le protocole
Si une crise monte au volant, voici la conduite, au double sens du mot. Mains posées sur le volant, sans le broyer. Desserrez les doigts, l’auto tient la route sans que vous l’étrangliez. Vitesse stable, on continue. Nommez ce qui se passe : c’est de l’adrénaline, je sais conduire avec un cœur qui bat, la preuve, je suis en train de le faire. Puis restez dans la tâche, la route, les distances, votre voie. La conduite est une activité d’ancrage exceptionnelle, elle occupe les yeux, les mains et l’attention, exactement ce qu’il faut pendant que la crise redescend.
Si le besoin d’une pause est réel, prenez-la en conducteur, jamais en fuyard : prochaine aire, prochaine sortie, arrêt propre, deux minutes dehors, de l’eau, et on repart. Repartir est la partie la plus importante de la pause, c’est elle qui enseigne à votre cerveau que la voiture n’est pas un piège. Une pause sans reprise devient une fuite, et une fuite grave le trajet dans la liste noire.
Cas particuliers, parce qu’ils reviennent toujours. L’autoroute, d’abord, c’est le “lieu sans sortie” version bitume, vingt kilomètres sans échappatoire. Relisez la section 1, pas de sortie ne veut pas dire danger, et une crise dure quelques minutes, soit une poignée de kilomètres à 110. Les tunnels et les ponts, mêmes mécaniques, plus courtes encore ; on ne s’arrête pas dedans, on les traverse, ils durent moins qu’une crise. Les embouteillages, enfin, avec l’immobilité coincée en déclencheur classique ; c’est une file d’attente motorisée, rien de plus, et elle repart toujours.
Passager : l’autre peur
Être passager angoisse certains encore plus que conduire, puisqu’on ajoute la perte de contrôle à l’enfermement. Deux choses aident. D’abord, nommer le vrai sujet : vous n’avez pas peur de la conduite de l’autre, vous avez peur d’une crise sans pouvoir “faire quelque chose”. Or vous savez maintenant qu’il n’y a rien à faire d’une crise, nulle part. Le siège passager est même l’endroit idéal pour pratiquer le se-laisser-porter, au sens propre. Ensuite, résistez au réflexe de piloter depuis le siège de droite, freiner du pied fantôme, surveiller la route pour deux. C’est un comportement de sécurité, il entretient l’alerte. Regardez plutôt dehors, loin. Le paysage qui défile est un des meilleurs calmants gratuits du monde.