Sommaire du module
Voyager tranquille
Le métro, le bus, le train du quotidien
Le transport en commun du quotidien cumule trois ingrédients : l’enfermement, la foule et l’imprévu des arrêts. C’est le triangle parfait de l’alarme, et c’est pour ça que le métro est si souvent le premier territoire perdu. Bonne nouvelle, c’est aussi le meilleur terrain d’entraînement qui soit, parce que les trajets y sont courts, fréquents, et découpables en barreaux.
L’arrêt entre deux stations, d’abord, parce que c’est LE scénario redouté. La rame s’immobilise, l’annonce tombe, “durée indéterminée”, et le mot frappe la poitrine. Posons les faits. Un métro arrêté en tunnel est un métro en retard, pas un métro en danger. L’air n’y manque pas, les rames sont ventilées et le tunnel n’est pas un bocal scellé. La durée “indéterminée” se compte en minutes dans l’écrasante majorité des cas. Et votre crise, si crise il y a, sera passée avant que la rame reparte ou juste après. Les deux événements se ressemblent, quelques minutes d’inconfort, puis ça repart. Pendant l’arrêt, SOS, comme au chapitre 22 du guide. On ne scanne pas le wagon, on relâche, on nomme, et on retourne à ce qu’on regardait. Les autres passagers soupirent d’agacement, et c’est exactement le bon modèle, l’agacement est la réponse proportionnée à un retard.
La foule, ensuite. Debout, serré, sans siège, voilà ce que le corps anxieux déteste, parce qu’il ne peut ni fuir ni s’asseoir “en cas de malaise”. Vous connaissez la réponse depuis le chapitre sur la peur de s’évanouir. La panique maintient la tension, on ne tombe pas, et les jambes en coton sont des jambes suralimentées. Tenez-vous normalement, sans vous agripper à la barre comme à une bouée, et laissez le corps faire son travail de passager debout, qu’il connaît parfaitement.
Un mot enfin sur les comportements de sécurité spécifiques au rail, parce qu’ils sont sournois : monter uniquement dans le premier wagon “près du conducteur”, rester collé aux portes, ne prendre que les rames vides, descendre systématiquement à mi-trajet “pour respirer”. Chacun soulage, chacun grave le message “ce lieu est dangereux”. On les allège comme les autres, un cran à la fois, un wagon du milieu, un trajet complet, une heure un peu plus pleine. Et le trajet complet sans descente préventive, même inconfortable, vaut dix trajets fractionnés.
Le bus de ville : le transport le plus injustement évité
Si vous vivez hors des grandes villes, votre transport en commun du quotidien n’est pas le métro, c’est le bus. Et le bus mérite qu’on s’y arrête, parce que c’est probablement le transport le plus injustement évité de tous.
Regardez-le objectivement. Un bus de ville s’arrête toutes les deux ou trois minutes, ses portes s’ouvrent sans cesse, et il roule à l’air libre, en pleine rue. Sur l’échelle du “lieu sans sortie”, c’est le champion de la sortie, aucun transport n’en offre autant, aussi souvent. Si votre alarme le classe quand même comme dangereux, c’est qu’elle s’accroche à autre chose : la foule serrée aux heures pleines, la chaleur de l’été, l’immobilité dans les bouchons, et très souvent une couche sociale, la peur de sonner et de descendre “trop tôt” sous le regard des autres, ou de devoir demander au chauffeur d’ouvrir. Autrement dit, dans le bus, ce n’est presque jamais l’enfermement qui parle, c’est le regard des autres. Et vous savez depuis le guide ce qu’il vaut. Personne ne voit rien, et personne ne pense rien d’un passager qui descend un arrêt plus tôt. Les gens descendent aux mauvais arrêts tous les jours, pour mille raisons banales.
Le protocole ne change pas : on reste, on relâche, on nomme, et on laisse la crise faire sa courbe entre deux arrêts. Avec cette conversion utile pour votre échelle, un trajet de bus est une série de mini-tronçons de deux minutes, redécoupables à volonté. Trois arrêts, puis cinq, puis la ligne entière. C’est le terrain d’entraînement le plus progressif qui existe, et le plus disponible, il passe au bout de votre rue.
L’autocar longue distance
Reste le car des longs trajets, les lignes intervilles et les cars de tourisme. Lui joue dans la catégorie du train et de l’avion : l’autoroute, des arrêts rares et programmés, des heures de route. Appliquez-lui la logique de la section avion qui arrive. Ce n’est pas l’enfermement qui pèse, c’est la durée, et la durée se gère morceau par morceau, jamais d’un bloc. Les pauses sont prévues au trajet, les toilettes sont souvent à bord, l’audio SOS Voyage est écrit pour lui aussi, et aucune crise ne dure un trajet de car, elle sera finie avant la prochaine aire. Un détail, enfin, qui aide certains. Choisissez une place d’où l’on voit la route devant, le mouvement anticipé apaise le corps, c’est le même principe que fixer l’horizon en bateau.